L’exposition « A vélo, Paris Métropole », présentée au Pavillon de l’Arsenal, constitue un excellent résumé de l’histoire du vélo à Paris. L’ancêtre du vélo, la draisienne, voit le jour au début du 19ème siècle. Assez rapidement, le vélo devient un loisir pour les classes sociales les plus aisées, qui s’entrainent dans des manèges puis dans des parcs.

Ce n’est que plus tard, et notamment après la Première Guerre Mondiale, que le vélo se démocratise. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les photos de Paris avec plus de vélos que de voitures, du fait du manque de carburant, attirent l’attention. Les vélocargos, qui se sont fortement développés entre les deux Guerres, connaissent alors un nouveau terrain de jeu, par la contrainte énergétique.

photo du journal L’Excelsior, 1923

Le journal l’Illustration, du 19 octobre 1940, présenté lors de cette exposition, nous montre tous les modèles de l’époque de vélocargos et cyclo-remorques. La cyclologistique découvre toute sa diversité durant cette période de Guerre.

l’offre de vélocargos en 1940

Cette exposition très riche en documents sur l’histoire du vélo nous apprend que les premières pistes cyclables parisiennes ont été réalisées par Jacques Chirac ! Ce n’est bien après que les premiers Velib sont apparus, sous la mandature Delanoë.

La cyclologistique, comme moyen de transport actuel de marchandises à Paris est à l’honneur, avec les solutions proposées à Cargonautes ou Carton Plein. Une exposition à ne pas manquer pour tous les passionnés de logistique urbaine, jusqu’au 29 septembre.

La logistique urbaine fait partie intégrante des politiques publiques de nombreuses grandes métropoles européennes depuis plusieurs années.

Au Maroc, le sujet est relativement récent. En 2020, l’Agence Marocaine pour le Développement de la Logistique (AMDL) a édité un remarquable document, le guide national de la logistique urbaine. Ce guide très complet, mais qui reste à l’état théorique, permet d’initier une démarche et de mettre l’accent sur ce sujet, encore trop méconnu au Maroc.

En 2023, le Plan de Mobilité Urbaine Durable de la conurbation de Rabat-Salé-Skhirat-Témara, à l’initiative de Rabat Région Mobilité, a intégré un volet logistique urbaine dans son document de planification des mobilités. C’est certainement la première fois au Maroc qu’une Autorité Organisatrice des Mobilités intègre la logistique urbaine dans sa feuille de route.

Le 7 mai 2024, le congrès Logismed à Casablanca a intégré dans son programme une table-ronde sur la logistique urbaine. Animée par Jérôme Libeskind, expert en logistique urbaine et directeur du bureau d’études Logicités, cette table-ronde réunissait M. Anas Arhbal, Directeur Supply Chain de Centrale Danone, M. Olivier Pillon, Directeur Exécutif chargé de la Supply Chain du groupe Marjane, Mme Nadia Laraki, Directrice Générale de l’Agence Nationale des Ports et M. Jean-Michel Genestier, délégué à la logistique métropolitaine à la Métropole du Grand Paris.

conférence Logismed 2024 (source Hespress)

Quelles sont les spécificités de la logistique urbaine au Maroc et quels en sont les enjeux ?

Le Maroc est devenu un pays majoritairement urbain, avec le développement très rapide de grandes agglomérations telles que le Grand Casablanca, Rabat-Salé-Témara, Tanger, Marrakech, Agadir, Fès, Kénitra ou Meknès, pour ne citer que les principales d’entre elles. Ce tissu urbain dense est toutefois marqué par une grande diversité de quartiers. Les quartiers modernes côtoient des secteurs intermédiaires ou populaires, avec la spécificité des médinas, qui sont caractérisées par un réseau viaire très dense mais étroit.

Cette densité urbaine est caractérisée par un maillage commercial particulièrement dense. Le commerce moderne ne représente que 15 à 20 % du potentiel commercial du pays. Lors de la conférence du 7 mai, Danone indiquait distribuer ses produits dans pas moins de 75 000 commerces, montrant ainsi l’immensité du défi du dernier kilomètre.

Une autre caractéristique du Maroc est le poids insuffisant des transporteurs et logisticiens. Les entreprises marocaines, grossistes, distributeurs ou même industriels, ont souvent leur propre flotte de véhicules et distribuent directement leurs produits, multipliant ainsi les flux de livraison. Chaque petite épicerie est livrée par une multiplicité de fournisseurs et de véhicules.

 

Pour de nombreuses raisons liées aux charges transportées, aux difficultés de stationnement ou au mode de paiement, les livraisons sont assez peu efficientes, générant un temps important et une multiplicité de véhicules et de manutentions.

Ce mode de fonctionnement insuffisamment optimisé a tendance à changer, au travers de certaines pratiques de mutualisation des flux. La part du compte d’autrui (les transporteurs), qui regroupent les flux de différents chargeurs, a tendance à augmenter. Certains chargeurs, comme Danone, qui ont leur propre organisation de livraison, commencent à la mettre à disposition d’autres entreprises. La distribution moderne, à l’instar de Marjane, met en place des organisation supply chain centralisées, limitant le nombre de véhicules. Pour les livraisons e-commerce, les réseaux de points relais et consignes se développent rapidement. Toutes ces pratiques de consolidation des flux témoignent d’une réelle prise de conscience des acteurs de la chaîne logistique urbaine afin d’optimiser les flux et d’en réduire les impacts.

Les enjeux sont très bien identifiés et les acteurs en ont conscience : impact environnemental des véhicules de livraison (émissions de polluants locaux et de gaz à effet de serre), impact économique pour les entreprises, respect de la chaîne du froid, sécurité … Ce sont là quelques-uns des défis auxquels les acteurs de la livraison sont confrontés.

Les acteurs publics marocains agissent dans le cadre d’une Stratégie Nationale de Développement Durable 2030 et d’une Stratégie Nationale du développement de la compétitivité logistique. La mise en place, au niveau des territoires, de plans d’action de logistique urbaine s’articule alors avec ces documents stratégiques nationaux.

Les autorités marocaines pourront donc définir un portage au plan national afin de garantir une méthodologie homogène, mais aussi le niveau de gouvernance local de ces travaux de diagnostic territorial et de plan d’action,  comme l’a récemment fait l’agglomération de Rabat-Salé.

Foisonnement d’initiatives dans un contexte économique difficile, la logistique urbaine attire toutes les attentions. De l’Etat, qui au travers de plusieurs programme CEE, finance de vastes dispositifs favorisant les initiatives publiques et privées. Des collectivités locales, qui ont adhéré en grand nombre aux volontés affichées de mieux comprendre le fonctionnement de leur territoire et mettre en œuvre des initiatives vertueuses. Des investisseurs, immobiliers ou financiers, qui ont investi en masse dans ce secteur prometteur. Essayons de décrypter ces initiatives en regardant 20 startups ou projets qui seront suivis de très près en 2024, dans 5 secteurs différents. Il ne s’agit bien entendu pas d’une liste exhaustive mais d’une sélection choisie de façon arbitraire mais experte par le bureau d’études Logicités…

La cyclologistique a le vent en poupe

  • Fleximodal

Le marché des vélocargos connait depuis plusieurs années une croissance conséquente, de 100% par an. Les chiffres de 2023 ne sont pas encore connus mais cette croissance sera nécessairement ralentie. Dans ce secteur, les solutions économiques, comme celles de remorques à vélo, ont une carte à jouer. Créée en 2016, Fleximodal a été choisie pour un financement public dans le cadre du plan France 2030 pour la réindustrialisation. Avec 12 salariés, cette entreprise fabrique ses remorques mais aussi un tout nouveau triporteur dans son usine de Cesson-Sévigné (35).

  • JHOG

Distributeur et transformateur de vélocargos pour professionnels, la société savoyarde Jhog vient de s’adosser à un équipementier automobile, le groupe Bontaz. Jhog a déjà commercialisé 800 équipements dans toute la France et pourra ainsi assurer sa croissance notamment au travers d’un réseau de maintenance.

  • Citeliv

Créée en 2016, Citeliv est devenu un acteur incontournable du dernier kilomètre dans la métropole lilloise. Citeliv a choisi de développer son réseau dans toute la France sur un modèle de franchises, apportant ainsi son expérience mais aussi ses relations avec des clients nationaux. Par ce modèle, Citeliv a démarré des implantations à Rouen et à Lyon. D’autres projets, notamment à Reims, sont en cours d’étude. Le fonctionnement en réseau de ce type de modèle est essentiel, afin d’apporter aux donneurs d’ordres des solutions étendues, débordant du périmètre d’une seule ville.

  • Agilenville

Fondée en 2018, Agilenville est présent à Marseille, Aix, Lyon, Nice et Toulon. Agilenville veut devenir un acteur incontournable du dernier kilomètre dans le quart sud-est de la France. Agilenville a 75 salariés dont 35 à Marseille et  un chiffre d’affaires de 3 millions €. La société a été choisie pour exploiter des micro hubs dans Marseille. Les 2 premiers seront opérationnels début 2024. Une initiative et un développement à suivre !

  • ULS

Créé en 2019 à Strasbourg, le modèle ULS particulièrement original consiste à consolider les marchandises en entrée de ville, puis à les acheminer  par mode fluvial et à effectuer le dernier kilomètre en cyclologistique. Après Strasbourg, ULS s’est implanté à Lyon. ULS a remporté en 2023 l’appel à projets de VNF et de la ville de Mulhouse avec un démarrage prévu 1er trimestre 2024. ULS vient d’être retenu dans le cadre d’un AMI à Paris (à partir de Charenton) et à Rouen. Ce déploiement rapide d’un réseau national mérite une attention particulière en 2024.

  • DeliverMe.City

Créée en 2019, DeliverMe.City est un acteur du dernier kilomètre en vélocargo qui a la particularité d’organiser des tournées à partir de hubs mobiles constitué de véhicules électriques. Ces hubs mobiles peuvent réapprovisionner les vélocargos et apporter ainsi une plus forte réactivité. Le concept de hub mobile est particulièrement innovant et peut permettre d’éviter des investissements immobiliers. Une initiative vertueuse à suivre en 2024 !

  • Aurore Solutions Académie

Créée en 2016, cette structure de formation a mis en place des cursus spécialisés pour former des cyclologisticiens. Fondée par des passionnés de la logistique urbaine et du dernier kilomètre, cette académie innove en lançant des formations sur ce nouveau métier. Une initiative à suivre et à encourager en 2024 !

L’immobilier logistique a de nouveaux acteurs

  • Corsalis

Fondée en 2020, Corsalis se positionne comme un acteur incontournable de l’offre d’immobilier pour la logistique urbaine dans les grandes métropoles. En 2023, Corsalis a communiqué sur de nouveaux sites à Lille et à Marseille. Après la Manufacture de Reuilly, premier site parisien de Corsalis, un second site a récemment été annoncé à Bercy. Gageons que 2024 sera pour Corsalis une année de concrétisation de nouveaux projets, bien nécessaires pour mettre en œuvre des solutions de logistique urbaine.

source Corsalis

espace logistique urbain – source Corsalis

  • DouzePointCinq

Startup de l’immobilier logistique spécialisée dans la transformation de parkings inutilisés, DouzePointCinq a levé en 2023 3,5 millions €. Avec déjà plusieurs espaces logistiques à Paris dont un espace inauguré en novembre 2023, DouzePointCinq se positionne comme un nouvel acteur dans ce secteur dominé par des grands groupes.

Les emballages se réemploient

  • Hipli

Fondée en 2019, Hipli est devenu un acteur incontournable de l’emballage réemployé dans l’e-commerce. Partenariats avec Mondial Relay et Relais Colis, développement d’emballages plus rigides, Hipli n’est pas en manque d’initiatives. 1 million de colis Hipli sont en circulation. Le modèle est déjà copié, preuve qu’il apporte une pertinence pour réduire l’impact environnemental du e-commerce !

  • Mobiuspack

Si Hipli s’adresse prioritairement au B to C, Mobiuspack vise le marché du B to B. Cette startup lilloise s’intéresse par exemple aux colis de click & collect en mettant à disposition des emballages réutilisables. Un POC a été développé en 2023 avec Kiabi. Mobiuspack, qui n’a que 2 ans d’existence, a levé 1 million € et se positionne sur un segment particulièrement prometteur. Gageons que 2024 sera pour cette entreprise une année charnière !

  • Pandobac

Créée en 2018, Pandobac s’intéresse aux emballages des grossistes et de la restauration. Le concept est de remplacer cagettes, cartons et autres polystyrènes par des bacs empilables, localisables et réutilisables.  L’entreprise est installée à Rungis et a une installation de nettoyage des bacs. Une solution écologique, mais aussi pertinence sur le plan économique par rapport au coût des emballages jetables.

  • Bout’ à Bout’

Cette startup nantaise spécialisée dans le réemploi du verre a ouvert en 2023 son usine d’une capacité de 60 millions de contenants par an ! Il s’agit de la plus grande usine de lavage de contenants en France. Créé en 2016, Bout’ à Bout’ surfe sur les initiatives des distributeurs mais aussi des fabricants. Passer d’un marché de niche à un modèle économique plus large est un vrai challenge. 2024 sera l’année de référence pour cette entreprise qui compte déjà près de 30 salariés.

Les points relais et consignes se multiplient

  • Ouidrop

Ouidrop, qui a mis au point une solution robotisée de retrait de colis, déjà présente dans plusieurs centres commerciaux, a fait une première levée de fonds de 2 millions €. Elle a été primée dans le cadre du coucours French IoT de La Poste et a convaincu Westfield et FM Logistic. 2024 sera pour cette startup fondée en 2017, une année charnière pour assurer le développement de son offre.

  • Delipop

Alors que certains acteurs de la grande distribution annoncent la fermeture de drives piétons non rentables, la solution Delipop, robotisée et mutualisée entre plusieurs acteurs, prend tout son sens. En 2023, Delipop a ouvert une dizaine de points de retrait et ambitionne d’en ouvrir 100 dans les 2 prochaines années. 2024 sera alors une année de déploiement du réseau.

  • Pickme

Créée en 2020, cette startup propose à des particuliers d’être « points relais » pour le compte de leurs voisins. Une solution pour éviter les échecs à la livraison mais aussi développer les liens de proximité. En 2023, Pickme a développé un partenariat avec Colissimo. Elle a levé 3,5 millions € en début 2023. Cette levée de fonds lui permet de gérer son réseau de « voisins » qui sont maintenant 100 000 et de développer de nouveaux services, notamment les retours. Une initiative à suivre !

  • Agrikolis

Le réseau de points relais dans les fermes Agrikolis, créé en 2018, a fait en 2023 une levée de fonds de 1,2 million €. L’objectif est d’étendre le réseau actuel de 300 points relais, mais aussi les services. Spécialisé dans les produits XXL, Agricolis s’est diversifié dans les produits surgelés. Agrikolis ambitionne aussi d’avoir des hubs et de devenir ainsi réseau de transport. Agrikolis a été reconnu au travers de plusieurs récompenses dont en 2023 le prix coup de cœur des entreprises innovantes en Hauts-de-France.

Mieux optimiser les flux

  • Zeloce

Primée « coup de cœur du jury » du prix Stratégies Logistique de l’Innovation Durable 2023, la startup Zeloce, créée en 2016, est passée d’un modèle 100% livraison vers un modèle de commercialisation de son outil d’optimisation informatique aux plus grands acteurs des Travaux Publics. Ce secteur très générateur d’externalités négatives a besoin d’outils lui permettant de réduire son impact et optimiser ses flux. Une startup à suivre en 2024 !

  • Deki

Cette startup, qui a intégré le programme Propulse de l’AIT et collectionne les prix et récompenses, est la première plateforme de transport du dernier kilomètre qui ne sollicite que des véhicules décarbonés. Un algorithme puissant permet de mutualiser et d’optimiser les livraisons du dernier kilomètre et de les suivre en temps réel. E, 2023, Deki a été lauréat du prix SLID catégorie logistique urbaine et e-commerce.

prix SLID 2023 (photo Premium Contact)

prix SLID 2023 (photo Premium Contact)

  • MC Ledger

Partenaire de Logicités et de ELV Mobilités dans plusieurs projets, MC Ledger est également lauréat du programme Propulse avec son projet « affréter vert ». L’objectif est d’utiliser les trains de voyageurs pour transporter des marchandises. MC Ledger est lauréat 2023 de Ecolab Greentech Innovation. Une startup créée en 2017 qui décolle avec des projets au cœur des préoccupations de la logistique urbaine !

Toute l’équipe Logicités vous souhaite une très belle année 2024 !